Cartes minute sur l’implantation des droites extrêmes en 1937 dans le Finistère

mardi 3 juillet 2012, par jps29

L’étude des forces politiques pendant le Front populaire rend nécessaire une utilisation intensive de la cartographie dans l’approche qui est la mienne. Cet outil éclaire les questions d’implantation et donc, entre autre, de réception des discours. Mais il faut construire un certain nombre de cartes pour ne retenir que les plus pertinentes.

J’ai cherché et trouvé une solution pour créer rapidement ces cartes qui me permettent de me concentrer sur les données sans passer trop de temps à les mettre en forme. Comme cela, je peux les tester et mesurer leur intérêt. Cela me permet d’avoir une première lecture et de commencer à interprêter les phénomènes observés. Dans un deuxième temps, pour publication, je me tourne vers QGIS pour présenter des cartes plus abouties.

J’ai commencé à travailler ainsi sur l’extrême-droite. Un rapport, datant de 1937, intitulé « Liste des dirigeants des Groupements de Droite », figure dans la série M des archives départementales du Finistère. Il est rédigé par les fonctionnaires de la préfecture du Finistère et fait le relevé des forces organisées à droite et à l’extrême-droite. Y figurent les responsables des différentes structures de ces organisations ainsi que les communes de ces dirigeants. Une cartographie s’impose donc pour voir si ces organisations arrivent à s’implanter partout ou si certaines zones sont plus hermétiques que d’autres. « La terre des prêtres » mérite une attention particulière.

Sur le sujet précis de l’extrême-droite, il faudrait établir un bilan historiographie des discussions sur la nature des différentes organisations politiques qui la composent et les confronter à la situation finistérienne pour en tirer nos propres conclusions. Entre classification à l’extrême-droite ou dans le camp des forces fascistes, sous-ensemble particulier de l’extrême-droite, la nuance est importante. Je range, quant à moi, le PSF dans les organisations d’extrême-droite. Culte du chef, allégeance tardive à la démocratie parlementaire républicaine, organisation militante très hiérarchisée, ... Ce parti est une nouvelle mouture de l’organisation des Croix-de-Feu dont la nature a achevé d’évoluer en même temps que la première organisation était dissoute en juin 1936, par le gouvernement Blum. Mais j’y inclus également les Comités de défense paysanne, les troupes de Dorgères qui se sont essayées au jeu politique partisan en défendant deux candidatures lors des législatives dans le Finistère, l’une à Quimperlé et l’autre dans la région brestoise. Ils ont obtenu, par ailleurs, des scores remarquables dans certaines communes. D’autres organisations sont observées par les autorités dans le rapport de 1937 :

- L’ex-Solidarité française, organisation fasciste n’a qu’une section à Brest [1] ;

- le groupement des républicains-nationaux du Sud-Finistère de Henri de Kérillis qui n’a que quelques adeptes ;

- Action nationale. Je ne me suis pas encore penché sur cette organisation dont j’ignorais l’existence. Le nom est peut-être Ligue d’action nationale ;

- le PDP qui détonne dans cette liste d’organisations aux positions politiques peu enclines à la nuance. Le PDP n’est bien évidemment pas un parti d’extrême-droite mais démocrate-chrétien ;

- le PNB qui a deux sections, l’une à Quimper et l’autre à Châteaulin ;

- le groupement des républicains-nationaux du Sud-Finistère.

Par contre, le PPF qui se crée en fin 1937, à partir d’une scission du PSF à Landerneau, le fief de Leclerc [2], en est absent.

Le PSF

Pour le PSF, les sections sont différenciées des délégués locaux. Les seconds indiquent une présence moins importante et donc moins structurée de l’organisation. Mais tout est relatif. L’implantation que l’on peut déduire de ce document n’est qu’un reflet partiel de la réalité historique. Des sections certes nombreuses et une quarantaine de délégués local pourraient laisser entendre qu’il s’agit ici d’un parti de même taille que les autres. Il est donc nécessaire de croiser cette donnée cartographique avec les estimations dignes d’intérêt dont les chiffres oscillent entre 10 et 12000 adhérents pour la période.

Une cartographie de l’implantation du PSF a été déjà faite dans un mémoire de maîtrise [3] et par David Bensoussan dans son ouvrage [4]. Les résultats sont bien sur et heureusement les mêmes. Cependant, de mon point de vue, l’interprétation qui en est faite demande à être nuancée. En effet, le PSF imprime un maillage serré de l’espace dans le Léon, « La Terre des Prêtres ». Le parti d’extrême-droite s’appuie sur une partie des élites locales qui dirigent ses sections et structures locales. Il se trouve là dans une zone baptisée « le jardin de la démocratie chrétienne ».

Les dorgéristes

Les dorgéristes sont également recensés, au travers de leurs comités locaux et des sections de jeunesse. Ces éléments nous permettent dans un premier temps une cartographie qui servira à cerner les zones de développement et les terres de mission. Suzanne Berger place le centre névralgique du dorgérisme finistérien plutôt dans le sud du département : « Contrairement à ceux de l’Office, les principaux fiefs de Défense paysanne se trouvaient plutôt au sud du Finistère, dans le région de Quimper. Mais, comme Landerneau, Défense paysanne recrutait peu dans le centre [5]. » Suzanne Berger se base elle aussi sur le document de 1937. Ce qui est étonnant, c’est le résultat cartographique qui renvoie d’autres conclusions que celle de Suzanne Berger.

La carte des comités de défense paysanne infirme quelque peu les propos de Berger. Le dorgérisme a réussi à s’implanter en terre léonarde. Bien sur avec l’aval de l’Office central de Landerneau. Suzanne Berger a peut-être été trompée par la plus grande notoriété des militants dorgéristes du sud, notamment les frères Divanac’h. La préfecture a relevé autant de comités qu’en Cornouaille, terre décrite comme étant plus réceptive que le nord du département. Pourtant la hiérarchie catholique a clairement dénoncé cette organisation et en a reproché la proximité à Guébriant. Une hypothèse pour expliquer le développement de cette organisation dans le nord du département : le clerc dans sa paroisse ne voit peut-être pas d’un mauvais œil certains de ses ouailles s’engager dans les troupes à Dorgères.

Un peu de technique

Pour regarder rapidement la carte de l’implantation des uns et des autres, j’ai utilisé R et une nouvelle librairie très utile, ggmap qui permet de faire des cartes très rapides à partir d’un fichier de données comportant les coordonnées en latitude et longitude des éléments à afficher. Un article en donne un aperçu assez complet ici. Seul soucis, ce sont des cartes openstreetmap contemporaines et elles ne peuvent être utilisées dans le cadre d’un travail de recherche sur une période ancienne. Il faut donc les limiter à un usage de brouillon ou de note cartographique rapide.

library("ggmap")
library("gdata")
 
setwd("/Users/JPS2/Documents/TravauxJPS/PSF/")
centre <- c(-4.3,48.19539)
psf <- read.xls("PSF.xlsx", sheet = 1, header = T)
 
psf <- subset(psf, PSF %in% c("Section","Délégué local") , select = c(Commune,lon,lat,PSF))
 
psf$PSF <- factor(psf$PSF, levels =c("Section","Délégué local"))
 
finistere <- get_map(centre, zoom = 9, source = ’stamen’, maptype = ’toner’)
map <- ggmap(finistere, zoom = 9, padding = 0.02, darken = c(0.9, "white"), fullpage = TRUE)
map + geom_point(data = psf, aes(x=psf$lon, y=psf$lat, color=psf$PSF))  + opts(legend.position=c(.13,.91)) + 
	scale_colour_discrete(name="Implantation du PSF\nen 1937")

[1Voir Gilles Lahousse, « De la Solidarité française au parti du faisceau français : un exemple de radicalisation politique », p. 43-54, Vingtième siècle, volume 58, 1998.

[2Voir à ce sujet, l’ouvrage de Laurent Kestell, La conversion politique, Doriot, le PPF et la question du fascisme français, Paris, Raisons d’agir, 2012, 236 p.

[3Le Roux Bruno, Le mouvement des Croix-de-Feu et le PSF dans le Finistère, mémoire de maîtrise, UBO, 1996, 127 p.

[4David Bensoussan , Combats pour une Bretagne catholique et rurale, Paris, Fayard, 2006, p. 516. Bensoussan a, lui, un périmètre beaucoup plus grand avec la Bretagne.

[5Suzanne Berger, Les paysans contre la politique, Paris, Seuil, 1975, p. 144.

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