Le bolchévisme chez les animaux

lundi 26 décembre 2011, par jps29

Le journal La Résistance, Croix de Morlaix, qui affiche à l’occasion ses sympathies pour le Parti social français de de La Rocque, ne fait pas dans la dentelle pour parler du Front Populaire. Il distille une vision grossière de la gauche qu’il martèle numéro après numéro pour que ses messages soient bien assimilés. Quant à sa vision de la politique du Parti communiste, elle confine à l’apocalypse. Pour preuve ce dessin, qui se veut humoristique, symbolisant la mort d’une ferme, après l’introduction du communisme. Mais la mort de la ferme, c’est à la fois le désordre qui remplace l’ordre et la mort qui frappe, cette mort qui est suggérée par le corps inerte allongé dans la rue en arrière plan. Les survivants, qui se réfugient où ils peuvent, ne vont pas tarder à y passer également : les animaux travaillent avec ardeur à leur perte. Le bolchévisme devient ici un anarchisme de bien mauvais aloi qui ne peut manquer de frapper les esprits. On en rit, mais quand même.

La rébellion de ces animaux oblige à se poser une question : quelle place aux domestiques et aux ouvriers agricoles dans ce dessin ? Font-ils partie des animaux ou des humains (encore vivants) poursuivis par ces bêtes sans pitié ? La réponse n’est pas évidente, le bolchévisme symbolise dans les esprits la révolte des sans-grade.

Petit détail en passant : les trois femmes menacées, deux adultes et une petite fille, portent des coiffes de bigoudennes, donc pas du tout traditionnelles dans le Trégor morlaisien. La caricature aurait-elle été dessinée loin des terres finistériennes où l’on ne peut ignorer des éléments vestimentaires aussi importants ?

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La presse [1] fait partie des outils hégémoniques, au même titre que l’outil scolaire (la représentation proportionnelle scolaire est au cœur des tensions pendant le Front populaire, dans le Finistère, entre laïcs et cléricaux). Gramsci, qui a été journaliste, donne à la presse une place d’importance dans le cadre de ses analyses sur l’hégémonie. Un petit dessin comme celui-ci est une modeste pierre dans la construction d’un appareil hégémonique mais sa fonction ne fait aucun doute. Et il faut l’appréhender comme tel.


[1Sur Gramsci et la presse, lire : Tosel André. La presse comme appareil d’hégémonie selon Gramsci. In : Quaderni. N. 57, Printemps 2005, pp. 55-71.

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