La société finistérienne des années trente

samedi 5 janvier 2008, par jps29

La population

Avec 756 793 habitants, le Finistère en 1936 connaît une bonne santé démographique apparente. Une forte natalité - premier département français avec un taux de 18,4 pour mille - se conjugue avec une baisse de la mortalité. La densité de peuplement reste une des plus fortes du pays avec 107,7 habitants au kilomètre carré contre 76,1 de moyenne nationale. La répartition n’est cependant pas homogène et fluctue de 58,8 pour l’arrondissement de Châteaulin à 167,2 pour celui de Brest. Derrière ces chiffres se dissimule pourtant une dégradation importante de la situation dérnographique. Les campagnes se vident sans que les villes réussissent à fixer la totalité des candidats à l’exode : le pourcentage de la population urbaine n’est encore en 1936 que de 30,1 % (+ 9,6 % en 90 ans).

L’examen de la carte de l’évolution de la population par canton fait apparaître les différentes zones géographiques de dépeuplement. A de rares exceptions près - SaintPol-de-Léon, Plouescat et Scaër - tous les cantons ruraux sont touchés. Avec une hémorragie extrême sur tout le bassin de Châteaulin. Le Léon, qui perd en moyenne 3 %, résiste mieux grâce à ses cultures intensives fortes consommatrices de main-d’oeuvre. Quelques villes régressent également : Douarnenez et les ports du Pays Bigouden. La crise a entraîné une réduction de la consommation des conserves.

Densité de la population communale en 1936

Entre les recensements de 1931 et 1936, la population a augmenté de 1,68 %. Mais depuis 1911, année du plus fort recensement, la chute atteint presque 6 %. Cette pause dans le dépeuplement s’explique en fait essentiellement par une émigration moindre. La crise économique qui s’est dévetoppée entre les deux dates a réduit le marché du travail dans les départements d’accueil. Il n’était plus dès lors intéressant de quitter la terre natale. L’arrêt de l’hémorragie n’apaise pas l’inquietude. Le trop plein de bras ne trouve pas à s’employer sur place.

L’exode rural n’a pas atteint toutes les catégories sociales de la même manière : les premiers à partir ont été les ouvriers agricoles. Mais dans les années précédant le Front Populaire, les chefs d’exploitation connaissent eux aussi la misère et commenrent à prendre le chemin de l’exode. le coeur de la société paysanne n’est plus à l’abri. L’inquiétude qui s’en nourrit aide l’extrême-droite dorgériste à s’implanter. La quantification de l’exode rural est difficile. Les chiffres de l’excédent d’émigration donnent toutefois un ordre de grandeur : 22 413 de 1931 à 1936 contre 29 202 entre 1926 et 1931. C’est un mouvement qui ne peut que laisser des traces profondes dans la société finistérienne.


Dès la fin de la guerre, le problème le l’exode rural préoccupe l’élite rurale. De Guébriant, en 1924, lors de l’assemblée annuelle de son syndicat agricole :

« Peut-on nier surtout, qu’en dépit de cette prospérité apparente, la terre de France soit désertée par beaucoup de ses enfants ? Voilà le grand fléau dont l’avenir national est assombri et qu’à tout prix, il faut conjurer. Ici, en Basse Bretagne, le mal est moins profond qu’ailleurs, mais nous en sentons la menace et nous voudrions l’écarter alors qu’il en est temps encore peut-être. »


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