Introduction au Front populaire dans le Finistère

vendredi 4 janvier 2008, par jps29

Le Front Populaire n’évoque plus aujourd’hui dans les mémoires que quelques faits : une victoire électorale de la gauche, la grande vague des grèves, les congés payés et les 40 heures. Pourtant, cette période de notre histoire ne se réduit pas, loin s’en faut, à ces événements. Le Front Populaire a duré plus que l’espace du printemps et d’un été. La grande vague des grèves se nourrit de la réaction ouvrière aux manifestations factieuses du 6 février 1934 pour s’échouer devant la répression de la grève générale dl ! 30 novembre 1938. Nous évoquerons au cours des pages les faits marquants de ces quatre années.

L’histoire du Front Populaire est méconnue même dans ses grandes lignes. Que devrait-on dire de cette histoire à l’échelle départementale ? Quelques trop rares départements bénéficient de monographies. Pourtant, la diversité des situations fait la richesse et la complexité d’une période. Pour ne prendre qu’un exemple, dans le Finistère, contrairement au résultat national des législatives de 1936, les partis du Rassemblement Populaire ont vu leurs scores reculer. Nous avons essayé de sortir de l’oubli un pan de notre patrimoine historique local pour en déceler les originalités.

L’histoire est tributaire des hommes et des femmes qui la font. Parfois à leur corps défendant comme ces trois ouvriers brestois tués lors des émeutes de Brest en août 1935. Ils demandaient de simples augmentations de salaire. ils sont devenus célèbres parce qu’ils ont quitté l’histoire en y entrant. Qui aujourd’hui se souvient d’eux ? D’autres ont consacré leur vie à leurs idées. Les Berthelot, Guéguin, Miry, Targuy Prigent ou Valière ont usé leurs souliers sur les estrades pendant l’entre-deux-guerres. Le Front Populaire dans le département doit beaucoup à ces hommes et à de rombreux autres, tous animés de la volonté de changer le monde ou de le réformer, parfois en opposition les uns les autres. Voilà l’autre but de ce livre : rendre un visage à ces acteurs connus ou inconnus.

Cette revue a été conçue comme une introduction visuelle au Front Populaire. Nous avons pu rassembler ici l’essentiel des documents photographiques qui existent. Une première difficulté a été de trouver des photographies provenant de collections privées. La quasi-totalité a été détruite au début ou pendant la guerre. Par mesure de sécurité les militants ne voulaient pas que l’occupant puisse trouver des documents qui pouvaient leur coûter la vie. Notre principale source a donc été constituée de photographies de presse. Dans les années trente, les documents photographiques commencent à peine à illustrer les artiles des journaux locaux. Et encore une majorité d’entre eux concernent les événements nationaux ou intermûonaux. La Dépêche de Brest utilise plus de clichés sur les grandes grèves en région parisienne en juin 1936 que sur celles de Brest ou d’autres villes du département. Une seule exception : les émeutes d’août 1935, mais uniquement parce que cette fois-ci l’actualité nationale est brestoise. Malgré ce handicap, chaque phase importante de la période a trouvé son illustration. La photographie permet une lecture multiple qui en fait un document irremplaçable. Une manifestation d’ouvriers, quoi de plus banal. Mais regardons l’habillement des manifestants. Sont-ils en costume de ville ou en costume traditionnel ? Les femmes sont-elles nombreuses ? Les slogans sur les pancartes que disent-ils ? Une foule de renseignements peut être glanée sur ces persormes rassemblées que nul compte rendu militant ou policier ne traduira.

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Comme l’histoire supporte toujours le poids de son passé, un état des lieux de la société finistérienne de l’après-guerre introduit et présente les forces sociales, leur vie économique et leurs organisations respectives. Ce retour en arrière est particulièrement nécessaire pour ce département qui bouge bien moins vite que beaucoup d’autres. La vigueur de la natalité - le Finistère est le seul département français à connaitre un excédent démographique en 1919 -dévoile une persistance presque anachronique des structures profondes que viennent corroborer de nombreux autres facteurs. L’histoire événementielle n’échappe pas non plus à la ténacité d’orientations anciennes. Le cléricalisme - avec en contrepoint un anticléricalisme dynamique - est encore un système politique au plein sens du terme. Ce qui vaut à l’évêque de Quimper son heure de gloire nationale en 1932 et fait la joie des caricaturistes du Canard Enchaîné.

La société finistérienne des années trente

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