A l’origine du Front populaire : le 12 février 1934

lundi 17 mars 2008, par jps29

L’affaire Stavisky a fait la une de La Dépêche de Brest et de l’Ouest presque tous les jours depuis le début de l’année 1934. Plusieurs manifestations de l’extrême-droite, à Paris, y ont été largement commentées. Mais l’inquiétude et les tensions de la capitale n’ont visiblement pas atteint le département. Des réunions autour de l’affaire, organisées par le P.c., à la fin janvier et au début février, n’attirent pas les foules.

Un coup de tonnerre secoue l’opinion publique au lendemain du 6 février 1934. En ouvrant la presse, le lecteur finistérien ne peut que conclure à une tentative de coup d’Etat avorté. Le choc de l’événement sert de détonateur à une vive réaction de défense de la République, organisée en quelques jours par le mouvement ouvrier.

La réaction ouvrière

Le 8 février, une première réunion rassemble à Brest 2.500 personnes. Le lendemain, 1 000 à Pont-l’Abbé ; le 10, 12.000 à Concarneau. Le 11, 300 à 400 à Morlaix, 1 000 à Quimper et 700 à Pont-de-Buis. Le but assigné à ces rassemblements : donner un large écho à la préparation d’une grève générale le 12 Février, lancé par la CGT et la CGTU, est atteint.

Deux éléments importants prouvent ces jours-là, que s’ouvre une situation nouvelle. La mobilisation est réelle et importante. Rarement foules aussi nombreuses s’étaient ainsi formées dans les principales villes. L’antifascisme mobilise effectivement et l’appel à la grève du 12 recueille l’assentiment général alors que les précédentes grèves non- économiques n’avaient connu un quelconque retentissement. L’unité de fait de l’ensemble des organisations ouvrières est le second élément remarquable de ces journées. Pour la première fois depuis des années, le PC, la SFIO, la CGT et la CGTU se partagent les mêmes tribunes pour appeler ensemble dans tout le département à une même action.

Les résultats

Le 12 au soir, les responsables syndicaux et politiques de gauche affichent leur contentement. La journée de grève et les manifestations ont été un franc succès. Plus de 10 % de la population brestoise s’est retrouvée dans la rue, soit 6.000 à 12.000 personnes selon les sources. Dans les autres grandes villes du département, la foule a également été au rendez-vous : 2.000 à 3.000 personnes à Morlaix où même les chauffeurs de taxi défilent avec leurs voitures, à grand renfort de coups de klaxon. A Pont-l’Abbé, un grand moment d’émotion quand les 2.200 manifestants accueillent 300 ouvrières, venues à pied des conserveries de Lesconil, drapeau rouge en tête. de 300 à 1.000 personnes ont manifesté à Quimper ainsi que 700 à Pont-de-Buis.

L’unité d’action, malgré quelques problèmes à Brest, a été un puissant moteur pour la mobilisation. « Faisant trêve à leurs malheureuses querelles intestines, les deux CGT conjuguèrent harmonieusement leurs efforts et leurs troupes se fusionnèrent avec enthousiasme », commente Le Breton Socialiste.

Qui a répondu à l’appel du 12 ? La question est d’importance. Les organisateurs ont souhaité faire de cette journée celle de la défense de la République et ont appelé les classes moyennes à participer. L’analyse des grèves qui furent bien suivies, semble indiquer que les ouvrieformé la quasi-totalité des participants aux cortèges.

Le 12 février à Brest.

L’anticléricalisme

C’est une des composantes essentielles de l’antifascisme dans le Finistère. La violence des rapports entre les laïcs et les cléricaux, les méthodes musclées de ces derniers -l’épisode de la tournée théâtrale de « La Terre des Prêtres » en étant le paroxysme - ont polarisé les forces sociales sur ce terrain. Nul hasard que ce soit le « Groupement d’Action Anti-fasciste Brestois » qui organise une contremanifestation lors du rassemblement catholique de 1926 à Landerneau.

Nul hasard non-plus quand, à la suite des affrontements de décembre 1935, La Défense Laïque, journal du Comité de Défense Laïque publie cette phrase : « Messieurs les cléricaux, merci. Vous avez reformé à Bannalec le vrai front antifasciste et laïque ». Nombreux sont les militants du CDL à être à l’origine des comités anti-fascistes qui fleurissent après le 12 février. Celui d’Elliant prend même le nom de « Comité de Défense Laïque et Antifasciste ».

Si le combat laïque perdure, l’anticléricalisme recule en occupant une place politique moins importante qu’au début des années trente. Les questions sociales et internationales préoccupent alors plus les militants. Dans le même temps, la Jeune République, organisation catholique s’inspirant du Sillon et de Marc Sangnier, a adhéré à plusieurs comités de Front Populaire, ce qui tend une passerelle entre deux mondes jusque-là étrangers l’un à l’autre.

L’antidorgérisme

Quand Dorgères et ses troupes commencent à sillonner le département, la gauche intervient presque systématiquement pour l’empêcher de parler. La violence est très forte dans ces réunions et se déroule à chaque fois selon un même scénario. L’extrême-droite s’installe dans la salle, et, avant que ne commencent les discours, la bagarre éclate avec l’irruption des antifascistes.

Dès 1933, Tanguy Prigent anime cette lutte dans le Finistère et n’hésite pas à payer de sa personne. De fait, Dorgères évite le nord du département et particulièrement sa partie trégoroise d’où il s’est fait proprement jeter en janvier 1936. Le compte rendu publié par Le Breton Socialiste en donne un aperçu coloré. Les raports de force ne sont pas toujours favorables à la gauche.

Tanguy Prigent qui veut intervenir dans un meeting de La Défense Paysanne à Quimperlé, devant 1 800 à 2 000 paysans, est blessé par un Dorgères furieux.

L’antifascisme

Les événements du 6 février 1934 ont réveillé les consciences. Des comités antifascistes apparaissent dès le mois de mars dans les grands centres. Partout, sauf à Brest dans les premiers temps, l’ensemble des organisations ouvrières en sont partie prenante.

L’aspect militaire des apparitions publiques de l’extrême-droite inquiète les antifascistes.

Les comités attirent beaucoup de monde. Celui de Carhaix, créé le premier, regroupe 150 à 200 personnes dès sa formation le 24 mars. En leur sein, les militants réapprennent à agir ensemble, cela ne peut qu’alimenter le courant unitaire qui croît dans l’ensemble des organisations.

Compte rendu victorieux de la contre-manifestation de Saint-Goazec lors d’un
meeting de l’Action Française en septembre 1933.

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