Les émeutes de Brest en août 1935

dimanche 28 juin 2009, par jps29

L’annonce de décrets-lois réduisant les salaires dans le service public avait, dès la fin mars 1934, enclenché un processus de mobilisation. Manifestations, campagnes d’explication par tracts et réunions ont occupé C.G.T. et C.G.T.U. pendant plusieurs mois. En 1935, le nombre de participants aux meetings prouve que la campagne de sensibilisation des salariés a réussi : 3 500 à Brest le 18 janvier, 3.000 le 31.

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Ce jour-là, la C.G.T. qui refuse de s’allier à la C.G.T.U, ne parvient pas à contrôler ses troupes. Des heurts violents se produisent, rappelant l’atmosphère des grèves ouvrières de Brest d’avant la guerre. Le 16 juillet 1935, les décrets-lois paraissent. Le 19, 2500 à 5000 personnes parcourent en colère les rues de Brest, à l’appel cette fois conjoint de la C.G.T. et de la C.G.T.U. Le 23, il y a 12000 manifestants. Le 1er août, par une simple annonce de bouche à oreille, 4 à 5 000 personnes se retrouvent une nouvelle fois dans la rue.

L’atmosphère devient tendue dans la ville. Le jour de la paie, le 5 août, les ouvriers de l’arsenal constatent de visu qu’aux 4% déjà prélevés par Doumergue s’ajoutent les 10% de baisse de salaire de Laval. En début d’après-midi, les ouvriers quittent leurs chantiers, se rassemblent et parcourent en manifestation l’arsenal, drapeaux rouges en tête. Le lendemain, un millier d’hommes en armes quadrillent l’arsenal. Les ouvriers refusent de travailler sous la menace et les ateliers débrayent les uns après les autres. Des cortèges se forment ; l’un d’eux est bloqué sur une passerelle par des soldats du Hème régiment d’infanterie coloniale. Les ouvriers font part de leur intention de quitter l’arsenal. Les soldats refusent de les laisser passer et une bagarre éclate. L’ouvrier Baraer est frappé à coups de crosse, il meurt dans l’après-midi. C’est la première victime des journées d’août.

L’après-midi du 6, une manifestation des ouvriers de l’arsenal, finalement sortis, tourne à l’émeute. La Préfecture Maritime est assiégée. Un ouvrier qui tentait d’arracher le drapeau tricolore est blessé par balle. Place Anatole France, des gendarmes qui chargeaient dans l’Hôtel des Postes tuent un jeune ouvrier du Bâtiment, Jean Le Deuffic. Le calme ne revient qu’aux alentours de minuit. Le bilan de cette journée est particulièrement lourd : 2 morts et 250 blessés dont 150 manifestants.

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Le 7 au matin, l’intérieur de l’arsenal n’est plus occupé militairement mais la troupe garde les portes. La matinée se passe sans incidents ; les ouvriers travaillent. Mais l’après-midi la grève repart. Le Préfet Maritime fait évacuer l’Arsenal, 6 000 ouvriers rejoignent alors la Maison du peuple pour un meeting. Malgré les appels au calme des dirigeants syndicaux, les échauffourées reprennent à la fin de la réunion. Des barricades sont érigées dans les quartiers, les accrochages avec les gardes mobiles se multiplient une nouvelle fois. C’est l’ensemble de la population ouvrière qui participe maintenant à l’émeute. Un début d’organisation tactique voit le jour. La ville est prête à basculer. Déjà dans la journée, les entreprises du secteur privé ont discuté de l’opportunité de se joindre à la grève des ouvriers de l’arsenal. L’émeute est sur le point de changer de nature.

Le 8, même scénario que la veille. Journée calme et émeutes le soir. Dans l’après-midi une foule impressionnante a assisté à l’enterrement de Baraer. L’incident le plus grave a lieu à 22h 30 quand la foule assiège le poste de police de Recouvrance qui n’est dégagé qu’avec peine par la garde mobile.

Finalement, les appels au calme des dirigeants syndicaux de la C.G.T. et de la C.G.T.U., l’ampleur de la répression, l’absence de finalité du mouvement ont raison de la mobilisation. Le 9, la vie normale reprend son cours.

Mais le 10, un soldat tue de sang froid dans la rue un jeune ouvrier, Gautron. Pourtant l’agitation ne reprend pas. Les militants comme Valière de la C.G.T.U. ou les anarcho-syndicalistes qui avaient poussé à son extension contre l’avis de Berthelot et Miry, exhortent les ouvriers au calme. Le mouvement, qui a stupéfié la classe politique française dans sa totalité, n’a duré que quelques jours ( des événements identiques se sont déroulés simultanément à Toulon ).

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L’interprétation d’une telle explosion sociale est difficile. Cependant, nul ne peut nier que les révoltés étaient dans leur grande majorité des ouvriers de l’Arsenal et des entreprises de la ville, comme le prouve la liste des tués, blessés ou condamnés. Nul complot, contrairement aux assertions de l’époque, fomenté par le Parti Communiste. Par contre, les militants d’extrême-droite, nombreux dans l’armée, ont tout fait pour provoquer les ouvriers en réprimant violemment les premières manifestations.

Avant tout, ces journées révèlent l’exaspération d’une classe ouvrière qui avait peu bougé pendant des années, et à postériori, nous montre que ces actions ont préparé le terrain des grèves de l’été 1936.

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