Les organisations politiques

dimanche 13 janvier 2008, par jps29

Le P.C.

Après la scission, les partisans de la IIIe Internationale peuvent être satisfaits dans le département. Ils ont entraîné dans le nouveau parti la majorité des membres de la SFIO. Pourtant, de 600 membres, la fédération communiste chute à 360 en 1922, puis à 220 - dont le tiers à Brest - en 1926. Cette érosion s’accélère entre 1930 et 1934 : 120 militants seulement en 1931. Une troisième phase s’ouvre à la veille du Front Populaire : une nette amélioration se fait sentir avec une remontée à 300 membres en 1934.

Comment expliquer de telles fluctuations ? En premier lieu, la scission s’est bâtie sur un malentendu réel parmi nombre de ses partisans. Beaucoup quittent rapidement le parti au lendemain du congrès de Tours ou arrêtent de militer. Sur 9 membres du bureau fédéral de 1921, il n’en reste plus que deux en 1924. La répression a joué un rôle non négligeable : la cheville ouvrière de la fondation du PC, le commis des postes Le Treis, animateur du journal Germinal, est très tôt muté hors du département. Il n’est pas bon d’être connu comme communiste dans une entreprise, même publique, dans la première décennie de l’entre-deux-guerres. La violence - parfois physique - entre le PC et la SFIO a également joué dans cette régression.

C’est surtout la période de la bolchévisation qui a nui le plus au développement du parti communiste. Appliquée trop brutalement, elle a heurté les sensibilités et n’a pas su s’adapter au terrain. Des interrogations n’ont pas manqué de surgir alors même que la liberté de discussion des premières années se réduisait. Des hommes comme Cornec, proche du PC à ses débuts, deviennent anticommunistes. A l’intérieur du parti, Signor et Guéguin signent un appel à la réintégration de dirigeants nationaux exclus en 1931. Le premier rentre rapidement dans les rangs tandis que le second, qui devient Conseiller Général puis Maire de Concarneau en 1934-1935, s’installe dans une opposition permanente à la ligne du parti.

Autre élément de faiblesse : la position face au combat laïque. En 1931, le P.C. qui en était partie prenante change radicalement sur cette question. Pour lui, l’école laïque est l’un des instruments de contrôle idéologique de la bourgeoisie, il préfère défendre le modèle scolaire soviétique. Ses adhérents ont, dès lors, obligation de quitter les comités de défense laïque, ce qui coupe le parti d’une part importante de la classe ouvrière de souche, depuis longtemps gagnée à cette cause.

Pourtant, malgré ces handicaps, le P.C. réussit à s’implanter et à se construire quelques bases solides presqu’exclusivement dans le sud du département. Les ports de pêche, où se concentrent les conserveries, ont connu de mémorables grèves générales. Les militants communistes, dévoués à la cause ouvrière, ont su y jouer un rôle prépondérant. Ils étaient beaucoup plus à l’aise sur ce terrain que les socialistes. Douarnenez, Le Guilvinec, Penmarc’h et Concarneau ont vécu tour à tour des heures chaudes entre 1924 et 1929.

Douarnenez a, par ailleurs, un maire communiste depuis 1921. Ces villes ont en commun d’avoir grandi très vite depuis le début du siècle et donc de faire vivre - très mal - une population ouvrière récente, d’origine rurale, qui en majorité n’a aucune tradition politique et fréquente encore l’église.

L’implantation du parti s’y traduit par la conquête de mairies lors des municipales à la veille du Front Populaire : Concarneau et Le Guilvinec, et par des sièges de conseillers municipaux à Beuzec Conq, Lanriec et Tréffiagat. Dans le reste du département, quelques militants dispersés font survivre les structures. A Brest, là où se concentre le plus fort noyau de militants, la réalité du recrutement est bien en deçà des possibilités offertes par la plus grande ville ouvrière de la pointe de Bretagne. En fait, la concurrence est importante à gauche de la SFIO avec la présence d’un groupe libertaire dont l’influence est encore très grande.

Cependant, petit à petit, le P.C. s’homogénéise, corrige ses travers les plus flagrants et opère une percée qui accompagne - et ce n’est pas un hasard - la remontée de la combativité ouvrière. La sortie à la fin de l’automne 1935 d’un hebdomadaire régional qui repose presqu’entièrement sur les militants finistériens, La Bretagne Ouvrière, Paysanne et Maritime, en est une des premières conséquences.

La S.F.I.O.

Le Parti Socialiste avant la scission comptait 1 500 membres, 778 y restent. Cette chute n’est que passagère. Dès 1923, la S.F.I.O. a cessé de reculer et compte déjà I 319 cartes payées. Elle a largement profité des difficultés que connaît le P.C. à sa naissance. Ce sont les élus, dont Bourgeot, Masson et Goude qui sont à l’origine du redressement des socialistes. Ils s’appuient sur l’hebdomadaire Le Cri du Peuple qu’ils ont conservé lors de la scission.

Pourtant, cette remontée rapide s’enraye à l’aube des années trente. Les élus à l’origine de la reconstruction lui causent d’énormes difficultés. En 1927, le conseiller général de Morlaix, Bourgeot, est exclu pour s’être opposé au candidat officiel du parti pour les législatives. Il devient malgré tout député et conquiert dans la foulée la mairie de Morlaix, comme socialiste indépendant.

Le second revers, bien plus gênant, concerne une figure historique du parti : Goude. Celui-ci évolue depuis quelques années déjà vers des positions droitières dont Le Cri du Peuple, qu’il dirige, se fait l’écho de plus en plus affirmé. Le parti refuse de lui donner son investiture aux sénatoriales : il entre en dissidence. Il est exclu en octobre 1929. La fédération s’y préparait et sort au début de l’année son propre hebdomadaire Le Breton Socialiste, faute d’avoir pu contrôler Le Cri du Peuple. La perte de la mairie de Brest la même année facilite l’exclusion. Goude a gardé des partisans au sein de la section brestoise qui s’oppose dans sa majorité pendant de nombreuses
années à la ligne de la fédération.

Une nouvelle génération de militants a pris la relève des élus. Plus à gauche, elle ne pratique pas un anticommunisme systématique et réussit à limiter les pertes d’adhérents qu’engendre toute situation de crise. La S.F.I.O. stagne cependant. Electoralement, ses scores ne dépassent pas pendant toute la période la barre de 13-14 %. En 1930, elle n’a que trois conseillers généraux (Brest I, II et III), un député, Masson à Châteaulin et dix mairies.

La carte de l’implantation de la S.F.I.O. révèle les faiblesses importantes de la couverture géographique des sections dans le département et pose la question de son influence hors des villes. Sur ce dernier point, une amélioration sensible se fait sentir avec l’adhésion du jeune paysan Tanguy Prigent dans le Trégor.

Dans l’ensemble, cependant, les effectifs ne connaissent pas une évolution positive. La S.F.I.O. perd même des adhérents à l’approche du Front Populaire.

Contrairement au P.C., la S.F.I.O. ne s’engage que de manière périphérique dans les conflits d’entreprises, privilégiant le travail électoral. Sa principale activité de masse, en dehors des joutes électorales, se limite au combat laïc ét à l’activité anticléricale, terrain qu’a déserté le Parti Communiste. En fait, les deux organisations ne touchent pas les mêmes fractions de salariés. Les socialistes s’appuient sur une couche sociale qui se différencie de celle influencée par les communistes surtout par son intégration ancienne au monde urbain, son adhésion à la République laïque. Et dans les campagnes, ce sont les zones les plus réticentes à l’Eglise qui lui sont les plus favorables. Tout se passe comme si la S.F.I.O. gagnait sur la clientèle des radicaux et républicains divers, les anciens partis bleus. La crise, relativisant les bases fondatrices de ce courant et réintroduisant la nécessité de la lutte sociale, laisse le parti socialiste plus désarmé que le parti communiste.

Les libertaires

Brest est la seule ville du département où existe un groupe libertaire. Il y est influent pendant l’entre-deux-guerres, héritier d’un puissant courant de la fin du dix-neuvième siècle et du début du vingtième. Ne cultivant pas le souci de l’organisation, ce n’est qu’en 1925 que le courant libertaire se dote d’une structure légère autour d’un noyau d’une dizaine de personnes. Mais en fait, son influence dépasse largement ce cadre. Les réunions qu’il organise attirent toujours du monde. En 1927, par exemple, il réussit à rassembler un millier de personnes lors d’un meeting ; ce qui n’est pas un chiffre exceptionnel.

Employés à l’Arsenal ou au port, ils ont inspiré les grandes luttes sociales de l’avant-guerre et n’ont pas oublié les méthodes d’action directe utilisées alors.

Celles-ci réapparaissent lors des grandes grèves de 1919 et de 1920 et pendant les émeutes ouvrières d’août 1935, moments où les militants libertaires animent les groupes ouvriers les plus combatifs.

Leurs militants les plus connus : Martin, Tréguer, Le Gall, Lochu sont avant tout des syndicalistes. Ils ont participé à la création de la CGTU avec les communistes mais s’en retirent en 1924-1925 pour se réfugier dans le syndicalisme autonome, puis adhèrent à la CGT au début des années trente.

Malgré un succès certain, le courant libertaire vit ses dernières années. La guerre qui éclate en 1939 lui est fatale. Déjà au moment du Front Populaire, son recul est sensible. Pourtant, en plus de son intervention dans les événements d’août 1935, ce courant a été très actif dans le comité de chômeurs pendant la crise, dans l’action antifasciste après le 12 février 1934 et dans les actions de solidarité avec la résistance au coup de force de Franco en Espagne.

Le courant libertaire s’est opposé au Rassemblement Populaire, en le rejetant sans nuance. Il n’a pu alors accompagner les couches ouvrières qui se politisent dans leur expérience d’un gouvernement de gauche. Il ne peut donc capitaliser le mécontentement qui apparaît en 1937. La disparition en 1934 de l’hebdomadaire du groupe, Le Flambeau, créé en 1927, est symptomatique de leur évolution.

Les syndicats

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